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Les deux grands partis américains ont choisi leurs candidats pour briguer la magistrature suprême : Barack Obama pour les démocrates et John MacCain pour les républicains. Ce qui les unit, ce qui les sépare et les chances de chacun. Le révérend noir, Martin Luther King, assassiné en 1968 pour ses idées révolutionnaires et émancipatrices des noirs, devrait certainement être aux anges aujourd’hui au ciel. Pour la première fois le peuple américain choisira le 4 novembre prochain entre un blanc et un noir pour la course à la maison blanche : John MacCain et Barack Obama. Deux hommes et deux visions de l’Amérique et du monde.
Vingt cinq ans séparent les deux. Le candidat républicain aura 72 ans cet été, et le candidat démocrate 47 ans. Quand l’un devenait héro de la guerre de Vietnam, l’autre n’avait que 14 ans. Les deux candidats sont prêts à marquer l’histoire, chacun à sa manière : John MacCain, ancien prisonnier de la guerre de Vietnam, respecté par le monde politique américain, entend être le plus vieux président des Etats-Unis ; Quant à Barack Obama, fils d’émigré africain, intellectuel, intelligent et sans passé glorieux, rentré dans l’histoire le 3 juin dernier en remportant après une âpre lutte, l’investiture démocrate, est en passe d’être le premier Afro- Américain à être à la maison blanche. Outre la nationalité et le patriotisme qu’ils partagent, il y a de nets points de convergence entre les deux candidats dans les positions sur le Moyen-Orient. L’Irak étant bien attendu un cas exceptionnel et constituant pour l’occasion un grand point de divergence parce que crucial et planétaire. Après les déclarations apocalyptiques du sénateur d’Arizona, dans lesquelles il menaçait l’Iran d’attaque militaire quand il sera à la maison blanche, il semble être aujourd’hui plutôt calmé. MacCain recommande désormais le renforcement de la pression économique, financière et politique. Pour le sénateur d’Illinois, au lieu de brandir la menace d’attaque militaire et la suspendre au dessus de la tête de l’ennemi comme l’épée de Damoclès, le dialogue direct est la meilleure façon de résoudre les conflits. C’est pourquoi, Barack Obama n’exclut pas la possibilité d’une rencontre avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad quant il sera à la maison au plafond bleu. Mais cela est subordonnée, selon sa conseillère Susan Rice, à de solides travaux préparatoires et du résultat de l’élection iranienne de juin 2009. Un autre point de convergence, cette fois plus marquée, est le problème israélo-palestinien. A l’instar de George W. Bush, les deux candidats sont pour la coexistence de deux Etats reconnus chacun dans ses frontières, dans la paix et la sécurité. Aucun candidat pour la magistrature suprême ne peut prendre le risque de perdre une partie de l’électorat israélo-américain, en choisissant ouvertement le camp palestinien. Pour cause, quand MacCain a accusé Obama d’être le candidat préféré du Hamas, ce dernier a été obligé de grignoter dans son temps pour se rendre à l’ambassade israélienne pour fêter les soixante ans de la création de l’Etat Hébreu. Histoire de prouver qu’il est pour la sécurité de l’Israël. Parmi les points de divergences, il y a d’abord la guerre en l’Irak qui constitue, cette année, l’un des premiers facteurs de choix des électeurs. Car tout le monde est unanime que l’impopularité de l’administration Bush est due à cette guerre stupide fondée sur la machination et le mensonge. Il y a quelques semaines, la commission des affaires étrangères et de la défense du sénat a reçu, auditionné et interrogé le général Petraus chef de l’armée en Irak et Ryan Cook l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad. Les deux hommes, sans complaisance et en pleine campagne, ont été sommé de s’expliquer, se justifier et de fournir des arguments sur le déploiement ou sur le retrait des troupes en Irak. En face d’eux, une commission du sénat composée entre autres de Barack Obama, John MacCain et Hilary à l’époque. Les trois candidats avant de s’adresser aux américains pour donner leurs idées et leurs jugements sur la guerre en Irak, demandaient des comptes aux représentants directs dans la guerre. En fonction des enseignements reçus du général Petraus et de l’ambassadeur Ryan, Barack Obama promet un retrait des troupes dans les seize mois après son arrivée à la maison blanche. John MacCain lui, veut le maintien des 155 mille G.I présents en Irak jusqu'à la victoire finale. D’où l’impopularité évidente des républicains jusque dans leur camp, en même temps leur impuissance devant l’«obamania », comme disent les media américains. Aussi, le fait que 50% des américains ne bénéficient pas de couverture maladie, le système de santé, qui passionne le plus d’américains aujourd’hui, sera au cœur de la campagne. Sur ce thème, les deux candidats sont diamétralement opposés : Obama, voulait une assurance maladie universelle pour tous les américains qui sera financée par la suppression entre autre des dépenses en Irak. MacCain lui, est opposé à la couverture universelle qui, selon lui, augmenterait les impôts. Enfin, les deux candidats s’opposent farouchement sur l’économie et les impôts. Comme tout bon militaire, l’ancien prisonnier de guerre qui n’est pas spécialiste en la matière, souhaite un gel des dépenses budgétaires pour renforcer la défense. Son adversaire, Barack Obama, voudrait, pour une meilleure répartition des richesses, une hausse des impôts pour les riches. Voilà grosso modo, le programme que chaque candidat est entrain d’exposer pour convaincre le peuple américain. Car, le seul arbitre pour trancher entre les deux prétendants à la maison blanche, c’est bien sûr l’électorat américain. Quoique, quatre mois nous séparent encore de l’élection générale, force est de reconnaitre que tous les pronostics et tous les sondages sont en faveur du candidat noir. Il dépasse le républicain de 5 points dans le sondage général de l’élection présidentielle (45% - 40%). Un autre paramètre important est le degré de participation des américains au financement de la campagne de leur candidat. Dans ce domaine, Obama a pu collecter depuis le début des primaires, environ 272 millions de dollars. Quant à son rival, John MacCain, 100 millions de dollars. Ceci est un enseignement pour ceux qui doutent encore de la victoire de l’épouse de Michelle Obama le 4 novembre prochain. Fort de ses 1,5 millions de contribuables, le désormais leader du parti démocrate a déclaré qu’il ne voulait pas de l’argent du lobby américain pour financer sa campagne. Il souhaite ainsi éviter d’avoir les mains liées et d’être obligé de satisfaire les groupes d’intérêts dès qu’il sera élu. La chance du candidat noire réside, non seulement dans son slogan : « Change. Yes, we can believe in» (changement, oui on peut y croire), mais aussi dans sa jeunesse et son intelligence qui force l’admiration. En même temps il jouit d’une grande popularité auprès de la nouvelle génération. Parmi les jeunes, 79% sont acquis à sa cause. Aussi, la récente unité du parti démocrate, par le ralliement d’Hillary et très certainement des 80% de ses 18 millions d’électeurs, à la candidature de Barack Obama sera un atout considérable en novembre. Taxé par beaucoup d’américains comme candidat pour le 3e mandat de George W. Bush, John MacCain n’aura son salut dans cette campagne que dans un éventuel faux pas de Barack Obama. Car malgré la carrière militaire honorable de MacCain, les américains ne veulent plus confier la gestion de ce pays pour les quatre années à venir à un républicain. Ils considèrent les 8 années de l’actuel président comme une descente aux enfers, tant la situation actuelle de l’économique du pays de l’oncle Sam est devenue désastreuse. A cela s’ajoute l’âge avancé du candidat républicain, car s’il est élu, il sera le plus vieux président de l’histoire des Etats-Unis. Or, chez les compatriotes d’Hillary Clinton et au-delà des programmes des candidats, il y a d’autres facteurs, tels que la personnalité, le charisme, la jeunesse, la compétitivité et le charme du candidat. Et peut être cette fois, la couleur du candidat comptera dans la course à la maison blanche. On se rappelle encore de la victoire de Bill Clinton en 1992 contre George Bush père, qui a été acquise grâce, en grande partie, à la jeunesse et au charme de Bill. Aussi, l’expérience a montré que le candidat qui remporte les débats présidentiels, qui arrive à convaincre les électeurs et à réussir à mettre l’adversaire en colère, a toutes les chances d’être élu. Là encore Obama a beaucoup de chance de s’imposer à cause de son éloquence et de la pertinence de ses idées. Enfin, il y a le choix du vice président qui pèse lourd sur la balance dans les urnes. Tout candidat qui choisira un vice président qui ne fait pas l’unanimité de ses supporteurs, risque de perdre une grande partie de son électorat. Le ticket Al Gore- Leeberman en 2002 est révélateur. S’il y a une véritable chance pour MacCain, peut être ce sera le vote racial massif des blancs en sa faveur dans le but d’écarter le candidat noir. Or, compte tenu de la mentalité et de la culture démocratique des américains, c’est une éventualité non envisageable. Déjà, la victoire de Barack Obama à l’investiture démocratique a été un gage sérieux pour les supporteurs que les américains n’éliront que celui qui mérite d’être aux destinées du pays le plus puissant du monde. Ils l’ont d’ailleurs prouvé lors du duel Obama-Hillary pendant des primaires, en empêchant ainsi d’avoir à leur tête un chassé-croisé Bush-Clinton-Bush-Clinton, presqu’une génération entière. Au delà donc de l’expérience de MacCain et des qualités exceptionnelles et des origines de Barack Obama, pour parler du système politique américain, pourtant si critiquable sur des points, force est de reconnaitre, qu’il est entrain de donner, à travers son dynamisme et sa vitalité, une leçon de démocratie au reste du monde en pleine campagne électorale : choisir entre un candidat issu de la minorité et celui de la majorité. Quelque soit le gagnant le 4 novembre prochain, ce qu’on retiendra de ce processus électoral, est que la démocratie américaine est si exceptionnelle, du moins si riche d’enseignements qu’on a parfois envie de la copier. Bangaly Condé « Malbanga »
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