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L’illusion démocratique ou le conflit entre volonté populaire et suffrage universel : l’exemple pathétique du Sénégal.

by Alassane Kitane

Le grand paradoxe des Démocraties modernes réside dans la contradiction permanente et flagrante entre le suffrage universel et la volonté populaire. Le rêve démocratique authentique est la conformité entre la volonté populaire et le suffrage universel, mais les territoires escarpés de la politique ont faussé la logique de la démocratie et ont perverti l’esprit du suffrage universel en en faisant une mécanique dont le moteur est l’argent.

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Du plomb dans les ailes de la démocratie sénégalaise: Ces gens qui se croient indispensables !
« Les cimetières sont remplis de personnes qui se croyaient indispensables ». La pertinence de ce proverbe est qu’il cherche à nous incliner à la modestie face au grand spectacle qu’est l’histoire de l’humanité. Malheureusement le grand problème de la démocratie sénégalaise réside dans cette tendance répugnante qu’ont les gens qui gravitent autour des sphères du pouvoir à persuader celui qui incarne ce pouvoir qu’il est indispensable. On rivalise d’ardeur dans la production de sophismes pour démontrer qu’après lui c’est l’apocalypse.

. Il faut croire à la démocratie en reconnaissant que chaque démocratie est capable de trouver en elle-même les ressorts et les ressources par lesquels elle devrait être en mesure de régler le problème de la continuité des institutions par-delà le déclin des hommes. Sous ce rapport, on peut considérer le principe selon lequel : « le pouvoir que la démocratie nous confère, doit lui être démocratiquement rendu » comme l’axiome fondateur de la démocratie. Toute tentative de conserver ou de transmettre le pouvoir politique par des moyens étrangers à l’esprit de la démocratie est répréhensible. Ni la vertu d’un homme, ni son génie, fut-il exceptionnel et « surhumain », ne peuvent justifier une entreprise de transmission du pouvoir par le bricolage et la manipulation constitutionnels. Un homme ne peut pas faire, à lui seul, l’histoire de son époque et celle des époques à venir.

 

« Nul ne pas dépasser l’Esprit de son peuple, pas plus que nul ne peut sauter par-dessus sa silhouette » disait Hegel avec raison, car les enjeux qui font d’un leader politique ce qu’il est changent de façon absolument imprévisible. Quand un engagement politique est en harmonie avec les valeurs et les idéaux d’une génération, celui qui incarnent ces valeurs et idéaux  est toujours irrésistible et passe même parfois pour un surdoué aux yeux de cette génération. Cet homme peut paraître ou être réellement visionnaire, en avance, exceptionnel, mais jamais il ne peut entreprendre ni réaliser des choses que son époque ne permet pas, structurellement, de réaliser ; de sorte que même visionnaire, on reste quand même assujetti aux les limites naturelles des enjeux de son époque. Nous devons être persuadés que la splendeur et le génie de chaque héros ont une durée de vie au-delà de la quelle, ils se transforment en caprices ou en frivolités toujours insupportables. Chacun a le droit de chercher à marquer son époque, c’est humain et c’est très noble, mais nous devons toujours avoir à l’esprit que l’histoire a commencé son cours avant nous, qu’elle aurait pu se faire sans nous et qu’après nous elle continuera encore son cours.

 

Une des lois inexorables de celle-ci est la caducité des hommes et de leurs œuvres. Quelques soient sa force, sa grandeur, sa sagesse et sa dignité, un homme ne pourra jamais se prévaloir de plus de droit à l’existence que ses semblables : il quittera ce monde et y laissera inévitablement quelque chose qui peut lui apparaître comme incertain, comme une tourmente ou comme un mal. Les prophètes et les Saints nous ont quittés et notre existence n’en est pas pour autant anéantie ; les grandes figures de l’histoire contemporaine ont fait ce qu’elles ont pu, mais les générations actuelles ne sont pas pour autant affranchies de la nécessité de s’investir pour prendre en charge leur propre destin. Il y aura toujours quelque chose à faire, il y aura par conséquent toujours un parfum d’échec et d’impuissance qui se dégagera de l’auréole même des héros : il ne faut pas avoir peur de ce qui arrivera sans nous. Il n’y a donc pas de doute que l’avenir du Sénégal ne peut résider dans la clairvoyance d’un seul homme et que le choix de celui qui sera là après Wade ne peut être laissé au libre arbitre, ni même au génie exceptionnel d’un seul homme.

 

Il ne sert à rien de chercher à persuader les Sénégalais que celui qui doit succéder à Wade ou plutôt le remplacer est, obligatoirement, tributaire de la volonté de ce dernier. Il ne faut pas que les partisans de Wade projettent l’amour qu’ils ont pour ce dernier sur son fils ou sur son dauphin éventuel pour en tirer la conclusion hâtive qu’il a les qualités ou qu’il est prédestiné à gouverner le Sénégal. Le testament politique d’un chef de parti peut se concevoir et « se comprendre » comme un legs qu’une personne ingénieuse, créatrice et charismatique fait à ses partisans ou fils spirituels, mais on ne doit ni le confondre à un testament pour la république ni en faire la locomotive qui tracte le destin de la république. Si le PDS est disposé à servir de rampe de lancement aux ambitions politiques du fils du PR, il n’y pas de raison que cela devienne un sujet de délibération nationale.

 

Il n’y a rien de surprenant à voir des « made in Wade », moulés dans la docilité et dans la pratique laudative de la politique, accepter de gommer leur expérience politique et les enseignements reçus du maître pour faire place au « charisme » et au « génie » d’un Karim intellectuellement étincelant au regard de la qualité de ceux qui entourent le père. En revanche, Wade, ses militants et son dauphin éventuel ne devront jamais oublier que l’histoire du PDS ne résume pas aux agitations de ces huit dernières années et que le Sénégal est doté de suffisamment de ressources pour construire son destin suivant des perspectives diverses. Si Wade et la démocratie sénégalaise ont vraiment bien travaillé, la question de la succession de Wade à la tête de son parti et de l’État ne doit pas se résumer à un choix fermé entre quatre personnes. Le fait même que la piste Karim soit aujourd’hui crédibilisée atteste d’une déficience du mode de fonctionnement de la démocratie. Nous restons persuadés que si Wade ne trouve pas dans son parti un autre ou mieux que son fils biologique, c’est assurément là une preuve éclatante de son échec dans sa mission de créer et de faire fonctionner un parti apte à contribuer à l’approfondissement de la démocratie.

 

On a vite oublié ou pardonné la boutade de la corniche « je dirai à ta mère que tu as bien travaillé » sans avoir suffisamment réfléchi sur son impact psychologique et politique aussi bien chez le concerné que chez ses concitoyens. Les paradigmes familiaux n’auraient jamais dû franchir un tel cap et empiéter avec autant d’audace et de maladresse sur les paradigmes républicains s’il n’y avait pas derrière la boutade un désir non avoué ou inconscient. Les boutades sont comme les lapsus lingui : en se déguisant sous le manteau du « non sérieux ou du non sens » elles donnent sens, vie et épanouissement à tout ce qui sommeille dans les tréfonds obscurs de notre inconscient. Le fait de passer par la boutade a ceci de fâcheux qu’en empêchant tout débat par la nature même de la boutade, il fait admettre un profil indiscutable d’un gagneur spécial. Combien de Sénégalais ont bien travaillé dans la mission qui leur a été assignée ? Qui dira à leur maman qu’ils ont bien travaillé ?

 

Ceux qui évoquent l’argument du tort qu’est la discrimination pour faire valoir le profil présidentiel du fils du PR devraient commencer par méditer sur la portée de la discrimination qui a fait de lui le seul travailleur dont les bons résultats devraient, par les mayens de l’État, être communiqués publiquement à sa mère par la première institution de ce pays. L’âme qui se cache derrière l’enveloppe d’un ver de terre est aussi resplendissante que celle d’une princesse royale : ce chant d’un poète hindou est, sans aucun doute, la meilleure réponse qu’on peut apporter aux machinations de ceux qui ne suivent Karim que parce qu’il est le fils du Président. Le vrai débat se situe à ce niveau : à part le fait d’être le fils du PR, de quel mérite Karim peut-il se prévaloir pour revendiquer une ascension au sommet de l’État ? Il ne faut pas croire que les Sénégalais sont assez dupes pour remplacer la question de la légitimité politique de Karim par la question de sa capacité à remporter des élections. <<Un diplomate… a affirmé qu’ils [les détracteurs des ambitions politiques de Karim] disent toujours : « Karim ne doit pas se présenter » mais jamais ils n’affirment « s’il se présente il sera battu  »>> !

 

L’auteur de ce sophisme primaire n’a apparemment pas beaucoup de considération pour ses compatriotes, car le déplacement de la problématique auquel il s’adonne est tellement manifeste que seul un troupeau de montons de panurge pourrait le rejoindre sur son terrain. De toute façon débattre sur l’issue d’élections dont la tenue à date échue est maintenant suspendue à la volonté et aux humeurs d’un camp c’est simplement s’adonner à des grimaces politiques dont l’unique portée est de distraire les gens tandis qu’on manœuvre vers une autre direction. Le Sénégal est devenu dangereux et ce, non pas parce que les gens qui y vivent se font la guerre, mais parce que les choses les plus abominables y trouvent une « théodicée » politique ou religieuse par des apologistes qui préfèrent la compromission, même avec le diable, aux élans discursifs de la délibération qui sauvent l’humanité.

                                                                                    

                                                                                     Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Nd. Seck de Thiès

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De la GOANA réelle à la GOANA médiatique : les travers de l’ère des Présidents « people »

by Alassane Kitane

Berlusconi, Wade, Sarkozy : le trait commun de ces hommes d’Etat est leur irrésistible aspiration à s’imposer aux esprits et ce, non par des actions extraordinaires, mais par une exceptionnelle faculté à transfigurer l’insignifiance en chef-d’œuvre.  Tels des artistes, ils ont le génie de sublimer, par le biais d’une propagande sans vergogne, la moindre réalisation, le moindre témoignage sur leur vertu, en phénomène exceptionnel. A la place des Présidents qui portent la confiance et les espoirs de leur peuple comme un sacerdoce, on a de plus en plus des Présidents stars, ou starisés.  

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