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APS (Sénégal) - Le père dominicain Michel Lebret, maître à penser du président Mamadou Dia, mettait l’accent sur ‘’l’importance de trouver des voies originales permettant de se libérer des modèles des pays développés’’, rapporte Roland Colin dans son ouvrage ‘’Sénégal, notre Pirogue. Au soleil de la liberté’’, Paris, Présence Africaine.
‘’Le diagnostic de Lebret (lors d’une conférence pour la définition de la problématique du développement au Sénégal, le lundi 30 décembre 1958, sous la présidence d’Amadou Karim Gaye) s’appuyait, à ce stade de départ, sur l’identification de facteurs négatifs et de facteurs positifs au regard du développement’’, insiste l’auteur de ce ‘’Journal de bord 1955-1980’’.
Parmi les premiers, cite-t-il ‘’le défi démographique, exigeant de multiplier au moins par trois la production d’ici la fin du siècle (le 20ème)’’. Aussi, souligne-t-il ‘’le sous-emploi de la potentialité travail et le chômage déguisé, alliés à une faible productivité’’, l’attraction non maîtrisée vers les espaces urbains ou ‘’l’insuffisance de l’encadrement africain’’.
L’auteur, lui-même proche du père Lebret pour des raisons religieuses et intellectuelles, relève en outre dans ce lot ‘’la carence vivrière, accompagnée d’une production arachidière excessive et vulnérable, sous contrôle économique extérieur’’, ainsi qu’une usure des sols de production, et l’échec relatif des grands essais de mise en en valeur agricole.
Sur le côté positif présenté en 1958, l’ancien directeur de cabinet du président du Conseil du gouvernement sénégalais note l’abondance de main d’œuvre disponible ; un réseau d’infrastructure de communication bien en place ; des terres de réserves ; une ouverture progressive au marché. Il ajoute l’existence de cadres nationaux ; des ressources minérales potentielle ; des valeurs et des traditions communautaires réinvestissables dans le développement.
Il raconte cette confidence de Mamadou Dia, en début octobre 1958 : ‘’Lebret est la référence dont nous avons besoin pour sortir de toutes nos querelles et viser l’essentiel, inventer les voies du développement qui seules peuvent fonder l’indépendance réelle et authentique. Il faut rejoindre Lebret, le solliciter de venir avec nous. Je veux le rencontrer le plus tôt possible.’’
Le début de l’ascendance du père dominicain sur l’équipe de planificateurs du Sénégal indépendant remonte précisément à son escale à Dakar, le 19 décembre 1957, sur le chemin du Brésil. ‘’Le travail de Lebret et de ses compagnons déboucha sur la création d’un puissant mouvement de coopératives de pêche (sur le littoral français). L’économie humaine prenait forme et vie’’, selon Colin.
SAB/ADC
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