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L’illusion démocratique ou le conflit entre volonté populaire et suffrage universel : l’exemple pathétique du Sénégal.

by Alassane Kitane

Le grand paradoxe des Démocraties modernes réside dans la contradiction permanente et flagrante entre le suffrage universel et la volonté populaire. Le rêve démocratique authentique est la conformité entre la volonté populaire et le suffrage universel, mais les territoires escarpés de la politique ont faussé la logique de la démocratie et ont perverti l’esprit du suffrage universel en en faisant une mécanique dont le moteur est l’argent.

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Le nouveau PDS et le mystère de la « totem-isation » de Wade.
L’évidence est assurément trop capricieuse : tandis qu’on pense la saisir elle se dérobe ; et parce qu’elle est trop flagrante, on ne s’en aperçoit même pas ! Voilà en résumé ce qu’est l’histoire de tous ces intrus et « repentis » qui gravitent autour de Wade, prétextant d’être séduits par le génie et la vision « exceptionnelle » de l’homme alors que les faits les plus manifestes prouvent clairement qu’ils sont tous psychologiquement allergiques à Wade.
. Les théologiens affirment que les choses ne s’imposent pas à la volonté divine parce qu’elles sont bonnes en elles-mêmes ; c’est au contraire parce qu’elle les veut que celles-ci deviennent bonnes et nécessaires. Avec Wade on peut faire le même raisonnement : il suffit qu’il veuille des choses pour que celles-ci deviennent naturelles et bonnes pour les libéraux. C’est justement ce qui est inquiétant ! La force quasi délirante avec laquelle certains néolibéraux et « apostats » libéraux repentis déclament les leitmotivs «Wade est la seule constante …», « la vision du chef de l’État » rappelle, à bien des égards, le sort des membres de la horde primitive postulée par Freud dans Totem et Tabou.
 
Dans ce livre, Freud explique comment la société humaine organisée autour du droit est née par la suite d’un parricide que les fils ont perpétré pour se venger d’un père trop puissant et trop sévère au sujet des « femmes » qu’il ne voulait guère partager avec les autres membres du groupe. Frustrés par l’égoïsme du père (le plus puissant), les fils se sont exilés de la horde, ont ourdi un complot contre lui, et sont revenus dans la horde pour le tuer. Et après l’avoir tué, ils l’ont mangé pour s’identifier à la force qu’ils lui enviaient en même temps qu’ils la redoutaient. Après ce meurtre et l’acte cannibalesque qui s’en est suivi, les enfants se sont rendus compte de la vanité de leur acte : par désir des femmes ils ont tué leur père, mais ces mêmes femmes risquaient de devenir la cause de leur dispute et d’une guerre fratricide.
 
La force collective qui leur a permis d’avoir une victoire aussi précieuse sur leur père était menacée par la rivalité : le remords s’empara alors d’eux et pour « réparer » ce crime innommable, ils ont décidé de « réhabiliter » le père. Cette réhabilitation a d’abord pris la forme d’un renoncement volontaire aux femmes et ensuite celle d’une tentative de ressusciter le père en en faisant l’ancêtre totémique qu’on ne doit jamais tuer ni même toucher : tous les tabous qui entourent le totem entrent dans le cadre d’une revalorisation d’un père jadis bafoué, malmené et tué. C’est que le remords est souvent trop fécond : les gens profondément saisis de remords sous-estiment tout ce qu’ils font pour se racheter et c’est ce qui explique leur excès de zèle. Le passage du totem à Dieu est, selon Freud, une façon pour l’humanité de mettre hors de portée un père abominablement assassiné sous l’autel de la convoitise et de la corruption humaines. Les notions de « père », de « fils » et de « femmes » ont évidemment une signification purement allégorique ici : il y a un chef contesté et puis réhabilité par toute sorte de fantaisies.
 
C’est à peu près la même logique qui guide tous ces repentis qui viennent faire la génuflexion devant le père qu’ils ont jadis traîné dans les eaux boueuses de la politique mercantiliste. Toute la rhétorique qu’on nous sert à longueur de journée sur les vertus exceptionnelles de Me Wade ne nous est pas en vérité destinée : les auteurs de cette rhétorique en ont psychologiquement besoin pour congédier le remords et sa pesanteur. Ils ont tous tué ou tenté de tuer le père ; ils l’ont tous vomi ; ils l’ont tous combattu avec les armes que la félonie leur a transmises. Qu’est ce qui a alors véritablement changé entre temps pour que tous ces fils exilés reviennent, en courant, vers la maison du père ? N’est-ce pas la vanité de leur acte qui les a contraints à changer de position ? Ce qui est intrigant dans cette affaire c’est que c’est à l’orée de sa retraite politique obligée et au moment où le problème de sa succession fait rage que ses fils « égarés » viennent sceller leur réconciliation avec le père jadis décrié. Comment peut-on taxer quelqu’un de « parler comme un démocrate et d’agir comme un dictateur » et venir, en l’espace de quelques années, le peindre comme un modèle de démocrate ou comme un homme politique dont la vision est exceptionnellement en avance sur celle de ses concitoyens ? Soit l’auteur de cette pirouette s’est trompé, soit sa sentence n’était dictée que par le sentiment de vengeance.
 
Dans les deux cas les Sénégalais ont l’obligation morale de ne plus accorder beaucoup de crédit à cet homme : il s’est lui-même disqualifié comme quelqu’un en qui on peut avoir confiance. Un homme digne de confiance devrait s’empêcher de chercher à s’amender en se servant de la crédulité supposée de ses concitoyens. Qu’est ce qu’on a promis à tous ces invalides de la démocratie pour qu’ils se renient de façon aussi spectaculaire ? Ce serait manquer de respect aux Sénégalais que de prétendre que c’est pour sauvegarder les « intérêts supérieurs » de leur nation quotidiennement bafouée qu’on a accepté de rejoindre un régime tout récemment accablé. Les Sénégalais sont persuadés que les pratiques qui ont fondé et hissé le PDS au pouvoir demeurent les mêmes : rien a changé ou ce qui a changé c’est uniquement les délices qui accompagnent l’exercice du pouvoir. Ce qui avait chassé les fils de la maison du père n’a jamais cessé d’avoir cours dans la demeure du père : alors si ces fils reviennent en courant pour retrouver les mêmes conditions qui avaient motivé leur exil, c’est quand même étrange. Rien ne peut empêcher les Sénégalais de croire que c’est à la suite d’un protocole dont les contours sont suspects que ce retour au bercail a été effectif. Le vœu des cinquante ans de règne du PDS formulé par Me Wade est décidément un appât de taille : les esprits calculateurs commencent à y croire véritablement et parce qu’ils y croient, ils n’hésitent plus à se compromettre dans les pires combines.
 
Dans l’ivresse du pouvoir et dans la logique du mirage des avantages liés à l’exercice de ce pouvoir, on ne s’aperçoit que de façon très confuse des signes de décadence de celui-ci. Les régimes politiques sont comme les âges de la civilisation humaine : ils ont une vie et une mort. Les prémices de leur mort sont perceptibles dans une sorte d’asthénie due à la destitution de l’intérêt général par les intérêts particuliers. Lorsque les tenants d’un régime commencent à ne voir dans ce régime qu’un moyen de satisfaction de leurs appétits, c’est alors le règne de la terreur d’abord et ensuite l’avènement de la corruption, de la décadence des grandes ambitions et de la manifestation dévergondée des ambitions les plus mesquines. Le mode de vie d’un tel régime n’est plus que l’improvisation, la propagande dont la fadeur et la vulgarité heurtent toute conscience saine, la végétation à travers le tâtonnement politique habillé de discours savants.
 
La gestion du problème de l’encombrement illégal de la voie publique par les marchands ambulants (c’est-à-dire la reculade périlleuse du gouvernement sur cette question), la nomination de certains « protégés » de famille religieuse à des postes de ministres, les curieux conseillers du PR dont le nombre, prétendent certains, est probablement inconnu du PR lui-même, le repêchage de certains ministres à la suite de manifestations de leurs partisans, les altercations multiples et absurdes avec la presse : ce sont là autant de signes de légèreté dans la gouvernance, légèreté dont la dangerosité relève du simple bon sens. C’est ce qu’on appelle un gouvernement sans esprit et sans âme, une existence artificielle d’un régime qui a épuisé les ressources naturelles de sa vitalité, tellement il en a abusé. On comprend dès lors pourquoi la perte du pouvoir politique est toujours brutale, inattendue.
 
Très peu de gouvernants sont, en effet, aptes à s’imaginer une retraite politique honorable et paisible en dehors de tout contact avec le pouvoir. C’est que le pouvoir est tellement alléchant que lorsqu’on l’a, il s’introduit insensiblement dans son être jusqu’à en être presque la substance. C’est ce qui explique que ceux qui ont une fois goûté aux délices du pouvoir n’hésitent guère à se renier pour retrouver leur fauteuil. La composition actuelle du régime qui nous gouverne montre qu’il y a des hommes politiques qui sont devenus des éléments du décor du gouvernement : ils ont participé à tous les gouvernements. Il faut remarquer par ailleurs que la fusion surprenante de certains partis dans le PDS a comme enseignement la facilité avec laquelle on crée des partis au Sénégal : il suffit qu’un seul individu se sente lésé dans son parti pour qu’il aille en créer un dont la seule finalité est de porter les ambitions et les frustrations d’un seul homme. L’amateurisme avec lequel on crée des partis politiques au Sénégal est la preuve la plus manifeste du manque de sérieux avec lequel les gens s’engagent ici dans l’arène politique : c’est à la limite l’expression d’un mépris total pour la démocratie et pour le destin de la nation. Il faut donc comprendre que les nouveaux repentis et les nouveaux convertis sont naturellement incapables de voir les erreurs et faiblesses du régime. Pour eux la seule façon d’absoudre le crime du parricide est dans l’entreprise inlassable de déification du père : le patriarche a donc toute la latitude de savourer la rançon de son assomption. Les seules limites de son pouvoir dans le nouveau PDS seront désormais celles qu’il aura la générosité de bien vouloir s’assigner.
 
 
Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou ND. Seck de Thiès

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De la GOANA réelle à la GOANA médiatique : les travers de l’ère des Présidents « people »

by Alassane Kitane

Berlusconi, Wade, Sarkozy : le trait commun de ces hommes d’Etat est leur irrésistible aspiration à s’imposer aux esprits et ce, non par des actions extraordinaires, mais par une exceptionnelle faculté à transfigurer l’insignifiance en chef-d’œuvre.  Tels des artistes, ils ont le génie de sublimer, par le biais d’une propagande sans vergogne, la moindre réalisation, le moindre témoignage sur leur vertu, en phénomène exceptionnel. A la place des Présidents qui portent la confiance et les espoirs de leur peuple comme un sacerdoce, on a de plus en plus des Présidents stars, ou starisés.  

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