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L’illusion démocratique ou le conflit entre volonté populaire et suffrage universel : l’exemple pathétique du Sénégal.

by Alassane Kitane

Le grand paradoxe des Démocraties modernes réside dans la contradiction permanente et flagrante entre le suffrage universel et la volonté populaire. Le rêve démocratique authentique est la conformité entre la volonté populaire et le suffrage universel, mais les territoires escarpés de la politique ont faussé la logique de la démocratie et ont perverti l’esprit du suffrage universel en en faisant une mécanique dont le moteur est l’argent.

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La conspiration et l’antagonisme au service de la dérive autoritaire.
Dans la forêt amazonienne, il y a une espèce de plante parasite absolument redoutable : son développement consiste à ceinturer la plante autochtone jusqu’à l’étouffer et lui ôter ainsi tout moyen de survie. Ce modèle végétal pourrait servir à expliquer le drame que les militants originels du PDS sont en train de vivre : envahis de toutes parts par des transhumants sans scrupule, ils sont méprisés, isolés, persécutés et, si possible, écrasés sur l’autel de manœuvres politiciennes. Les transhumants parasites rivalisent d’ardeur machiavélique et de prouesse démoniaque pour porter l’estocade à tous ceux qu’ils croient n’être plus dans les bonnes grâces du maître.
Tout le patrimoine politique que le PDS a douloureusement accumulé est ainsi dévalisé ou usurpé de sorte que les vrais héritiers soient totalement hors circuit, c’est-à-dire, stratégiquement congédiés en vue de réorienter ou même de réinventer une trajectoire pourtant porteuse de tous les vrais espoirs. Où sont les anciens étudiants libéraux, les cadres du parti, les vrais militants ? Qu’ont-ils gagné avec l’accession de Wade au pouvoir ? Le sort actuel de ces gens est exactement le même que celui de l’alternance : celle-ci a été dévoyée, dénaturée et anéantie parce que ses acteurs ont été injustement écartés au profit d’arrivistes sans vision ni conviction. Ne serait-ce que pour cette raison, le PDS et le régime de Wade ne méritent plus d’être soutenus : tous les hommes épris de justice, tous les citoyens qui ont une petite dose de vertu et tous les militants qui croyaient à l’idéal du Sopi, doivent aujourd’hui faire face à ce régime pour défendre la démocratie, la paix sociale et la justice.
 
Le combat certes républicain, mais forcément acharné et vigoureux, contre ce régime est devenu une nécessité politique et une exigence d’éthique : nécessité politique car ceux qui gouvernent aujourd’hui le Sénégal sont précisément ceux qu’on avait fini de chasser le 19 Mars 2000 ; et exigence d’éthique car la corruption qu’on a longtemps reproché au PS s’est amplifiée et est même sanctifiée par des pratiques inégalées en Afrique. La dose d’arrogance et l’unilatéralisme abusif avec lesquels ce régime traite les questions politiques l’isolent de plus en plus sans qu’il ne s’en aperçoivent et l’actualité le confirme largement : son mode d’être est la conspiration, les règlements de compte, les conflits d’une mesquinerie absolument répugnante. Le charisme d’un homme, fut-il exceptionnel, ne peut résister à la volonté d’un peuple de restaurer sa dignité bafouée ; les réalisations, même si elles sont significatives, ne peuvent pas gommer l’affront quotidiennement fait aux citoyens. Robespierre était un fils de la révolution, mais quand ce qui faisait son génie et sa force fut déconnecté des exigences de cette révolution, il finît dans une sorte de terreur qui ne pouvait ne pas l’emporter. Napoléon a brillé de tout son éclat en Europe, mais quand son entêtement à imposer son hégémonie à toute l’Europe a rencontré le désir absolu de liberté des Européens, sa retraite honteuse à Sainte-Hélène a avili toute sa splendeur d’antan.
 
L’histoire ne dénoue certes pas l’énigme du présent, mais sa compréhension peut au moins permettre d’éviter la commission des mêmes erreurs. Ce régime est tombé si bas, au point d’inspirer le sobriquet de parti dramatique sénégalais (PDS) à un artiste. Wade est submergé par un opportunisme d’une ingéniosité telle que, dès qu’il annonce un projet, les premiers réflexes des arrivistes s’inscrivent dans le sens d’une exploitation de l’idée à des fins personnelles. Il faut être dupe pour penser que la GOANA, et les projets de ce genre ne sont pas parasités dès que la chaîne d’exécution est déclenchée. La rumeur n’est jamais un baromètre fiable, mais la comparaison des rumeurs au temps du règne socialiste et ceux du règne libéral nous édifie sur l’étendue de l’involution que connaît le pays en matière de transparence et de bonne gestion : avec le régime socialiste la rumeur portait sur des emplois fictifs dans le département de l’enseignement ; avec le régime de Wade la rumeur porte plutôt sur des écoles fictives bénéficiant de subventions réelles.
 
Sous ce rapport, un audit du Pdef est devenu une nécessité impérieuse pour que les 40°/°du budget national alloués à l’éducation nationale soient établis de façon nette et précise ou définitivement infirmés. Au lieu de perdre du temps avec des revendications pécuniaires sans grand enjeu pour le destin de l’école sénégalaise, les syndicats devraient plutôt se battre pour que le Pdef soit audité par un cabinet indépendant. Tant qu’il n’y aura pas cet audit, les syndicats et les enseignants devront déchanter : ces montants n’arrivent pas à destination et l’enseignement au Sénégal restera une nébuleuse. La multiplication exponentielle des Agences nationales après la politique des privatisations est une double absurdité qui cache ou permet, en tout cas, des manœuvres de mauvaise gouvernance : d’abord ces Agences font presque double emploi avec certains ministères et alourdissent inutilement le train de vie de l’État, ensuite il n’y a pas de logique à privatiser d’un côté et à créer des Agences nationales de l’autre, car l’esprit de la privatisation est incompatible avec la philosophie des Agences nationales. Il est fort probable que ces innombrables agences soient des niches secrètes pour alimenter le régime ou pour ranger une clientèle politique : leur disparition ou leur réduction drastique est une exigence de bonne gouvernance.
 
Un ancien ministre de Mobutu explique les proportions exceptionnelles de la corruption dans son pays au temps de ce dictateur par le fait que quand il demandait à son Pm 10 millions, ce dernier demandait au ministre des finances 15 millions ainsi de suite jusqu’au bas de l’échelle des responsabilités. De telles pratiques sont fréquentes en Afrique et c’est la raison pour laquelle les dépassements budgétaires ont de beaux jours devant eux. Les Sénégalais sont certes abattus par la dureté de la vie, mais cette fatigue est accentuée par un désespoir qui résulte de la certitude qu’on ne les gouverne pas d’après des schémas qui sont à même de leur préparer un avenir convenable. Le sentiment de révolte qui anime les Sénégalais est d’autant plus grand qu’ils ont l’impression que leur calvaire n’intéresse pas vraiment ceux qui sont censés leur trouver des solutions. Sinon comment comprendre un seul instant qu’au moment où les délestages de la SENELEC font des ravages et que les inondations ont fini de prouver que l’embellissement de la corniche n’était guère une priorité, les gens du régime viennent les distraire avec des histoires d’amendement dont la seule finalité est de destituer un homme devenu subitement (on ne sait pour quelle raison) gênant? Si on se sert de la Constitution de façon aussi scandaleuse pour régler des comptes, qu’est ce qui nous garantit qu’on hésiterait à se servir des deniers publics pour acheter des consciences ? Il y a des manœuvres politiques qu’un homme d’État suffisamment conscient de sa grandeur devrait s’interdire : Sarkozy n’était pas le candidat souhaité par Chirac, mais cela n’a pas conduit ce dernier à se compromettre dans des scandales de manipulation de la Constitution.
 
Quand un homme d’État se permet d’instrumentaliser la Constitution de son pays, on doit considérer son acte comme étant plus grave que le parjure. Hélas ! Un député nommé Sada Ndiaye, ancien directeur du COUD, ose se montrer à la télévision nationale et brandir les armes qu’il a inventées pour abattre un Président de l’Assemblée nationale dont le crime est jusqu’ici inconnu des Sénégalais ! Il faut dire les choses comme elles sont : la seule astuce qui reste à ce régime, s’il est conséquent et courageux, est de suspendre la Constitution et d’ériger une bonne fois pour toutes une monarchie. Une telle démarche nous semble plus cohérente et plus responsable que ce rituel consistant à faire de la constitution un ustensile tellement utilisé de façon chauvine qu’il est devenu inutilisable pour la démocratie et la république. Niass, Mame Madior Boye, Idy, Macky, et probablement M. Soumaré qui, en réalité, n’est qu’une tige souple, mais trop fragile : tout ce monde est passé à la trappe en tentant de servir Wade. Si toute cette population de PM a fait preuve d’incompétence ou de manque de fiabilité ou d’un déficit de loyauté, force est de reconnaître que Wade, malgré ses innombrables compétences dans plusieurs domaines, est quand même incompétent en matière de recherche et de détection de compétences fiables et loyales. Si Wade est constamment trahi par tout le monde, soit il est vraiment naïf, soit il est paranoïaque (voyant le complot partout), soit les Sénégalais ne sont pas dignes de confiance : il faut reconnaître que dans les trois cas de figure notre pays est vraiment lésé et son avenir est plutôt problématique.
 
Un proverbe bien de chez nous dit que lorsqu’un éléphant gît dans un buisson, soit c’est celui-ci qui est trop grand, soit c’est parce qu’il s’agit d’un nain d’éléphant. Sous ce rapport, il y a lieu de plaindre tous ces énergumènes qui sautent sur l’occasion de la liquidation de Macky pour se faire remarquer : la valse macabre des victimes politiques de Wade risque de s’allonger davantage. C’est précisément pour cette raison que Martin Luther King disait, avec sa pertinence légendaire : qu’une injustice où qu'elle soit est une menace pour la justice partout. Ainsi ceux qui exultent de la liquidation injuste et arrogante de Macky aujourd’hui doivent savoir qu’ils sont en train de bénir la main qui, demain,  les exécutera sommairement.

 

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

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De la GOANA réelle à la GOANA médiatique : les travers de l’ère des Présidents « people »

by Alassane Kitane

Berlusconi, Wade, Sarkozy : le trait commun de ces hommes d’Etat est leur irrésistible aspiration à s’imposer aux esprits et ce, non par des actions extraordinaires, mais par une exceptionnelle faculté à transfigurer l’insignifiance en chef-d’œuvre.  Tels des artistes, ils ont le génie de sublimer, par le biais d’une propagande sans vergogne, la moindre réalisation, le moindre témoignage sur leur vertu, en phénomène exceptionnel. A la place des Présidents qui portent la confiance et les espoirs de leur peuple comme un sacerdoce, on a de plus en plus des Présidents stars, ou starisés.  

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