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La démesure et la cupidité sont devenues dans notre pays des tares suffisamment inquiétantes pour justifier une coalition nationale contre ces fléaux. L’égocentrisme et la prétention de certains de nos compatriotes sont alors tels qu’on est en droit de se demander si ce ne sont pas choses constitutives de notre « sénégalité » : nous sommes les meilleurs en tout sans aucune espèce de preuve. L’autoglorification et la complaisance généralisée nous ont tellement envahis que nous ne sommes plus aptes à poser des principes universels et constants pour nous servir à la fois de référence et de critère pour évaluer nos actes et choix.
La moisson d’une culture si intense de l’égocentrisme c’est un pays où tout le monde sait tout et où tout le monde veut être chef ; un pays où personne ne veut être dirigé: on a ainsi une prolifération de partis politiques dont ni l’utilité démocratique, ni la base démographique ne sont justifiées. Á cette prolifération de partis politiques s’ajoute un foisonnement de groupes de presse à la vocation parfois douteuse : les hommes politiques créent chacun soit des quotidiens prétendument indépendants, soit des pseudo journalistes ingénieusement insérés dans quelques quotidiens d’informations. Ceci ne peut pas continuer ! Il faudra bien qu’un jour les Sénégalais se décident une bonne fois pour toutes à accepter que nos difficultés sont d’abord en nous mêmes et que chacun peut et doit, à son niveau, échafauder une mutation mentale. Ce qui est inquiétant c’est que les hommes politiques sénégalais qui prétendent, avec autant de bruit et d’impatience, pouvoir assurer au pays son salut ne sont guère les meilleurs produits de la société. On n’a pas besoin de citer des noms, un rapide coup d’œil sur la configuration de la scène politique confirme largement ce paradoxe : les meilleurs ne gouvernent, ni n’aspirent à gouverner, du moins, pas autant que le font ceux qui se sont imposés comme la caste politique en dehors de laquelle rien n’est possible ni bon. La très grande majorité de la crème intellectuelle de ce pays est soit expatriée, soit en dehors des sphères de discussion ou de décision politiques. Ils sont éventuellement coupables de complicité passive avec des politiciens qui n’ont plus que leur salut personnel à sauver, mais c’est la structure et le fonctionnement de la société qui, dans un certains sens, les enferment dans un silence invincible. Lorsqu’on a une intégrité morale et intellectuelle à préserver on n’a pas suffisamment de courage et de force pour descendre dans une arène politique aussi corrompue et déréglée. Au Sénégal la politique ainsi est devenue le métier par excellence pour tous ceux à qui la société avait demandé d’aller revoir leur copie pour pouvoir mériter un épanouissement. Si les hommes politiques de ce pays s’entendent tous tacitement sur une chose, c’est bien sur la nécessaire opacité qui entoure leur patrimoine. La déclaration de patrimoine qui devrait être l’une des règles les plus élémentaires en démocratie est toujours un sujet tabou ou, en tout cas, ingénieusement esquivé. Le Sénégal ne connaîtra un début de salut que le jour où l’on commencera à exiger, de façon institutionnalisée, que la condition sine qua non pour briguer le suffrage des Sénégalais soit, en plus de la preuve de sa probité morale, la réussite dans un domaine particulier de la vie socio-économique. Tous ceux qui ont échoué à s’épanouir dans un domaine particulier ont commencé à atterrir comme des oiseaux prédateurs sur les parcs et les prairies politiques. On ne comprend pas comment des citoyens dénués de toute aisance matérielle et presque sans profession peuvent-ils se ruer aussi frénétiquement dans la course vers la gestion des affaires de l’État. Il est absolument urgent, sous peine d’instituer une république de nullards et de roublards, que les services rendus à la nation et à la république soient désormais les premières normes qui orientent l’enquête de moralité concernant les promus à des postes importants ou les candidats aux postes électifs ou même les requérants de récépissé de partis politiques et de syndicats. L’écrasante majorité des chefs de parti politique au Sénégal sont non seulement incapables de gérer le pays, mais totalement inaptes à enrichir, sous quelque forme que ce soit, le niveau du débat politique à travers une opposition démocratique. Et il ne faut pas croire que ces politiciens de métier savent ce que c’est que servir un pays et la possibilité de militer dans un parti par conviction. Certains politiciens de la scène politique sénégalaise avouent ouvertement à certains de leurs proches qu’ils n’ont crée un parti politique que pour avoir leur part du gâteau, c’est-à-dire pour avoir un poste quelconque ! Il faut qu’on arrête cette mascarade avant d’en arriver à une situation telle qu’on aura autant de partis politiques qu’il y a d’intérêts égoïstes. Cette mœurs est tellement répandue dans les consciences que lorsqu’on tente de faire preuve de probité morale, soit on devient la risée de tout le monde, soit on est évité et écarté d’office des sources de l’information et de décision. Á ce titre, ce n’est pas la sagesse populaire qui nous démentira car tout le monde connaît l’adage en la matière : « Politik yattù térangalà, booko jëlul dooré ñu doorlathi » (Soit vous vous servez de la politique soit c’est elle qui se sert de vous). Dans un pays où ce principe est une évidence empirique, peut-on espérer avoir une élite politique totalement dévouée à l’intérêt national ? Dans un tel pays, il n’est pas surprenant d’avoir plus d’une centaine de partis! L’autre symptôme de dérèglement de la vie politique sénégalaise est perceptible dans la prolifération d’une nouvelle génération de « sorciers » politiques qui arpentent les chemins sinueux qui mènent à certains cabinets pour faire valoir une pseudoscience dont les hommes politiques auraient fondamentalement besoin. Aussi y a-t-il une surabondance de conseillers politiques dans toutes les sphères de l’État sans que leur efficacité soit prouvée en quelque façon que ce soit ! Des spécialistes en marketing politique, des conseillers en communication, des conseillers et experts financiers ; bref, des conseillers et spécialistes en tout. L’imposture est devenue tellement profonde et sournoise qu’il n’est plus possible de faire la différence entre la bonne graine et l’ivraie. C’est pourquoi il est urgent qu’une épuration éthique s’opère dans la classe politique et qu’un Audit des partis politiques se fasse dans le plus grand bien de cette démocratie sénégalaise assurément très peu encline à marcher suivant les principes de l’orthodoxie dans un système démocratique. Le nombre de candidats aux différentes joutes électorales est de loin inférieur au nombre de partis politique et ce fait est intriguant, suspect et suffisamment révélateur des motivations de ces chefs de partis fantômes. Ces partis ne se justifient pas par des enjeux politiques, il y a, à coup sûr, des enjeux économiques qu’il faudra un jour établir pour démasquer les comploteurs sur le dos du peuple. C’est pourquoi la problématique d’une législation sur le financement des partis politiques se pose avec acuité d’autant plus que cela obéit, à certains égards, à l’impératif de souveraineté et de sûreté nationales. Il est temps de s’assurer que tous ces partis politiques qui sortent de partout ne sont pas que de vulgaires succursales de lobbies étrangers. Ordinairement lorsqu’on dit que les peuples sont exploités et pillés par les astuces des hommes politiques, on a tendance à penser qu’il s’agit d’une œuvre exclusivement entreprise par les hommes qui dirigent l’État; et c’est compréhensible vu ce qui s’est passé depuis plus de quarante ans dans ce pays ! Mais en réalité tous ces partis fantômes se nourrissent directement ou indirectement de rentes politiques sur le dos du peuple : on parle au nom du peuple uniquement pour se faire remarquer par les « cherches pion » ou pour bénéficier de quelques avantages obtenus par des voies occultes. C’est précisément dans ce contexte de magouille politique sur le dos du peuple que des organes de presse ont fleuri de façon à la fois suspecte et spectaculaire et que des journalistes de tous les niveaux et de tout genre ont subitement émergé pour s’imposer en stars de la parole sentencieuse et dogmatique : journalistes et politiciens ont pour pêché originel le manque d’humilité. En plus des dérives naturelles et, par conséquent compréhensibles, que risque tout journaliste de métier, il y a le fait que cette corporation est envahie par des hommes qui jouent en réalité le jeu des hommes politiques. Cette corporation n’est peut-être pas suffisamment consciente des menaces qui pèsent sur son avenir et qui trouvent leur source au sein même de la corporation. Le métier de journaliste a depuis belle lurette perdu son âme et cessé d’être une profession qu’on embrasse par vocation et par passion : affirmer cela n’est point une insulte faite à la corporation. Au contraire, on doit admettre que c’est seulement une critique vigilante et rigoureuse du travail de la presse en démocratie qui est le meilleur gage de succès de cette presse. Critiquer la presse sans tomber dans le piège des procès d’intention et des plates invectives c’est, en quelque sorte, lui rendre hommage. Il faut que certains individus qui s’arrogent ce statut de journaliste sachent que même si on leur reconnaît ce noble statut, le journaliste n’est ni un prophète, ni un censeur des esprits, encore moins un super juge illuminé par, on ne sait, quelle lumière ? Malheureusement il semble que le moyen le plus sûr de s’enrichir dans cette corporation c’est de s’imposer vite comme « star » dont l’avis et l’assentiment sont incontournables. En effet, quand on réussit à se poser comme « leader d’opinion » dans cette corporation on fait subitement l’objet de tant de convoitises de la part de politiciens qu’on y résiste difficilement ; d’où la sagesse de ce vieil homme qui nous disait un jour que pour faire de la politique il faut avoir deux amis : un fou pour dire à votre place ce qui répugne à la convenance et un journaliste de service pour vous couvrir de gloires et vous défendre contre vos détracteurs et lorsque le déshonneur est désormais votre unique demeure. Loin de nous l’idée que les journalistes sont des instruments politiques : il y en a qui sont d’une intégrité et d’une déontologie irréprochables. Mais tout le monde n’a pas les ressources morales pour résister aux diverses tentations qui gangrènent cette corporation à la croisée des chemins. Certaines prestations de journalistes sont, en effet, l’écho de la voix inaudible et impertinente de quelques politiciens que l’on cherche à imposer aux citoyens en essayant, par la magie du sophisme journalistique, de transformer ses bévues en ingéniosités. N’importe quelle « information » trouve étrangement un journaliste relayeur ou amplificateur sans que l’on statue au préalable sur la pertinence et sur la portée politique des propos à relayer. Qui va défendre les citoyens contre cette pratique mercantiliste du journalisme ? Au regard de toutes ces considérations, il n’est ni prétentieux, ni exagéré de suggérer aux leaders politiques de ce pays de désormais penser la notion de dialogue politique en termes d’introspection de la classe politique. Il y a des acteurs politiques avec lesquels personne ne devrait accepter de se lier quelques soient la gravité et la dangerosité de la situation. Les acteurs politiques de ce pays se connaissent suffisamment bien pour savoir qu’il y en a, des deux côtés, qui ne sont nullement intéressés d’un quelconque destin national. Avant de nous imposer des « Assises nationales », la classe politique devrait convoquer ses propres « Assises locales » pour faire sa propre mue et se débarrasser de sa souillure. Il y a des gens que ni la Cap 21, ni le FSS ne devraient accepter dans leurs rangs. Le simple fait que les Sénégalais voient certaines « figures » incontestées de la roublardise dans ces deux camps suffit pour les convaincre qu’en dernière instance tous les hommes politiques « se valent » ! Alassane K. Kitane, professeur au nouveau lycée de Thiès. Recommend this article...
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