Lematin.ma (Maroc) - Depuis que la presse écrite et audiovisuelle existe, elle avait comme corollaire, comme compagnon de route, la liberté. Laquelle s'épanouit et s'enracine dans tout climat de pluralisme et du droit à la différence. Dans l'accomplissement de son rôle, tout organisme de presse qui se respecte, se doit de se plier à cette règle qui consiste avant tout à ne pas prendre à la légère le droit à l'information.
Cependant, entre rapporter des faits tels qu'ils sont et tels qu'ils se produisent, et remodeler ces faits pour leur conférer les connotations voulues par celui qui les rapporte, il y a un pas à ne pas franchir, sous peine de transgresser le droit du destinataire. Car il s'agirait alors de brandir un mépris affiché à son intelligence. Ce qui s'est produit dans l'affaire du bureau de la chaîne de télévision «Al Jazeera» à Rabat, ne peut et ne doit être appréhendé au-delà d'une simple mesure technique dictée par une situation anormale, donc provisoire où se trouvait ladite chaîne. Depuis le jour où celle-ci a entamé la diffusion de son «Journal Maghrébin» à partir de Rabat, elle a été saisie par tous les moyens usités en pareille situation, et de manière tout a fait amicale, sur la nécessité d'assumer ses responsabilités pleines et entières sur la non-obtention d'une autorisation administrative régissant le journal précité, à l'instar de ce qui est en vigueur pour les autres organismes de presse, dont l'activité est soumise à un cahier des charges délimitant avec pertinence leurs engagements. C'est dire que dès le départ, il s'agit là bel et bien d'une aventure par essence inacceptable. De prime abord, il y a lieu de préciser que dans cette affaire, une considération d'ordre morale a été prise en compte au regard des annonces répétées de la chaîne « Al Jazeera», sur l'imminence de la diffusion d'un «Journal Maghrébin». Et c'est ainsi que, partant du principe de bonne foi et en considération du respect des engagements que la chaîne se doit d'honorer vis à vis de ses téléspectateurs, un temps largement suffisant lui a été octroyé pour régulariser sa situation administrative et juridique. Compte tenu de ce qui précède, nul ne peut discuter le fait que la responsabilité de la situation actuelle incombe exclusivement à la chaîne «Al Jazeera» et à elle seule. Il va de soi qu'aucune partie, quelle qu'elle soit, n'est en droit de tenter de justifier ses négligences dans la non régularisation de la situation irrégulière où se trouvait cette chaîne, en versant dans la facilité de désigner d'un doigt accusateur ceux qui n'y ont manifestement aucune once de responsabilité. Si comme il est universellement admis, nul n'est censé ignorer la loi, ce serait une lapalissade de dire qu'un organisme de presse de la taille d'« Al Jazeera » aurait dû prendre les mesures qui s'imposent pour se mettre en conformité avec la loi, d'autant plus que de par son expérience, elle ne peut ignorer que les pays les plus démocratiques et les plus ouverts ne tolèrent aucunement une quelconque entorse à leur loi, étant entendu que le pouvoir médiatique, quels que soient sa force et son impact, ne saurait se placer au-dessus de la loi, autrement, ce serait la logique du désordre qui aurait fatalement prééminence. Nul besoin de rappeler, à ce propos, que l'Etat de Qatar d'où émet la chaîne «Al Jazeera» a toujours été fermement soucieux du respect de sa législation qui régit les relations entre l'Etat et les organismes de presse nationaux et étrangers. La chaîne « Al Jazeera » elle-même ne pourrait en aucun cas filmer faits ou évènements se déroulant au Qatar sans l'autorisation requise des autorités concernées. Comment donc la chaîne « Al Jazeera » peut-elle évoluer dans une telle inconséquence, en se conformant strictement à la législation qatariote, et en s'autorisant ouvertement des entorses à l'égard de celle des autres pays ? Tout autre débat en dehors de ce cadre serait d'une évidente stérilité. En somme, il n'est pas demandé à « Al Jazeera » de trouver justification à ses négligences dans les démarches qu'elle aurait dû entreprendre pour régulariser sa situation administrative et technique. Tant il est vrai que celui qui se sait dans l'erreur, se découvre subitement une propension qui sommeille en lui, consistant à accabler les autres. Ce qui lui est demandé, ce n'est ni plus ni moins que de régulariser une situation, en se conformant à la loi. Au nom de quelle logique -pour ne pas dire de quel illogisme effréné-, pareille situation devrait-elle justifier le recours au chantage et aux menaces en tout genre ? Fondamentalement, quiconque se soucie un tant soit peu de la réputation d' « Al Jazeera », de son avenir et de sa crédibilité, serait pris de stupéfaction convulsive au regard de toutes ces tentatives de transposer, ipso facto, une question purement administrative et technique sur l'arène des enchères politiques. Il s'agit là d'un comportement inacceptable dans les relations entre les organismes de presse qui se respectent, et plus encore dans les relations entre ces organismes et l'Etat. Assurément, c'est une étroitesse d'esprit que la chaîne « Al Jazeera » puisse concevoir les choses en termes de chantage, tant il est vrai qu'elle peut multiplier à souhait ses « reportages », présentant le Maroc sous un tableau sombre, comme un pays « fermé », « immodéré », que dire encore, sans jamais pouvoir se substituer au peuple marocain dans la défense de ses valeurs et de ses acquis, un combat de tous les jours dont il tire une immense fierté au-delà des sensibilités de ses diverses composantes. On ne cessera jamais de le dire : le plus grave péché qu'un organe de presse puisse commettre, c'est de se mettre en ordre de bataille contre tout un peuple, contre toute une nation. Ce combat là est perdu d'avance. Quant au micro trottoir et la basse besogne des ciseaux qui le suit inévitablement dans les salles de montage, il n'a jamais été un travail de professionnels. Tout juste une piètre consolation. Par Mohamed Al-Maghribi | LE MATIN Recommend this article...
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