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« La Constitution ne fait pas de nous des hommes qui rivalisent pour le pouvoir, mais des hommes qui s’associent pour le progrès ». Ces propos que J. F. Kennedy a prononcés le 11 Janvier 1962 à l’occasion du traditionnel discours sur l’état de l’union devraient, à défaut d’être imprimés de façon indélébile sur toutes les âmes par une éducation à la citoyenneté, être gravés sur le fronton de tous les sièges de parti politique.
Nous sommes dans une société qui se réclame démocratique mais où les gens qui sont censés construire et perfectionner cette démocratie agissent exclusivement sur deux vecteurs : la convoitise et la haine. Or, la haine et la convoitise (tous les grands penseurs, de Platon à de Tocqueville, l’ont montré) sont les deux sentiments qui, à la fois rongent le cœur des citoyens de la démocratie et consument inexorablement le corps social. Des ambitions personnelles démesurées portées par des hommes de peu de qualité morale et de science nous installent dans une atmosphère de crise permanente. Les membres du corps social rivalisent en tout, y compris au sujet des choses les plus anodines et les plus évidentes ; de sorte qu’ils aient eux-mêmes la conviction que c’est seulement dans le tiraillement et la tension qu’ils peuvent vivre et s’épanouir. La stratégie adoptée présentement par l’opposition sénégalaise, par le truchement d’une désorientation de l’opinion nationale et internationale, est une forme de combat politique qui se fonde sur la conviction qu’en matière politique la fin justifie les moyens. Notre conviction est qu’il faut laisser l’opposition tenir ses Assises parce que non seulement elle en a le droit (tant qu’elle reste dans les limites de la légalité constitutionnelle), mais aussi parce que l’issue de ses Assises peut bien contribuer à la disqualifier davantage si le régime sait opérer avec finesse et stratégie. Si ces Assises constituent pour elle un cadre pour trouver un nouveau paradigme politique dans l’optique des élections de 2012, je ne vois point en quoi cela pourrait déranger un démocrate. Au contraire, la tenue de telles Assises, sur le plan des principes ne fait que confirmer la vitalité de notre démocratie, du moins tant que cela reste dans le cadre de l’horizon susmentionné. Il n’y a donc pas de raison de leur opposer des restrictions quelconques. Il faut d’ailleurs faire remarquer que les adversaires de ses palabres risquent, s’ils persistent dans cette lancée d’invectives et de contre invectives, de faire le marketing gratuit de l’opposition : celle-ci est en train d’investir le domaine du dumping politique. La stratégie de dumping politique consiste précisément à forcer l’adversaire à descendre sur un terrain qu’il ne peut fréquenter sans dommages importants et, par cette ruse, réussir à le congédier vers la sphère du diable. Dans le domaine de l’économie, le dumping est dénoncé comme étant contraire à la morale et à la logique économiques du libéralisme, mais en politique, il semble que c’est la démocratie elle-même qui exige cette pratique. « Comment gouverner les démocraties s'il faut être populaire pour être élu et impopulaire pour réformer ? », s’interrogeait Luc Ferry, pour stigmatiser les incohérences de la rationalité démocratique. C’est justement ce paradoxe que les opposants de tous les pays démocratiques exploitent pour déstabiliser ou amoindrir la popularité des régimes en place. On ne peut faire bouger les choses sans prendre des mesures exceptionnelles, c’est-à-dire sans réformer, or toute réforme agace ou dérange l’ordre établi et les habitudes politico-économiques. C’est la raison pour laquelle l’opposition, quelque soit le pays, est obligée de nier l’évidence et de proposer ce que, ni elle, ni le régime en place ne pourrait réaliser. L’exercice du pouvoir corrompt non seulement au sens où ça dénature les gouvernants, mais aussi et surtout au sens où il atrophie le charisme et l’admiration que dégage celui qui l’incarne. Le mystère du nouveau détenteur du pouvoir disparaît progressivement au même rythme que le mystère irrésistible qui astreint les deux amants à se désirer toujours davantage tant que le mariage n’est pas consommé et qui, après ce délai, risque de devenir trop ordinaire. En effet, plus la connaissance de l’autre s’approfondit, le charme et le feu sacré cèdent la place à la routine et, parfois, à la démystification et ce qui s’en suit. Sous ce rapport Machiavel avait raison de suggérer au Prince de d’éviter de devenir trop accessible et trop ordinaire. Sous le même registre que l’amour donc, le pouvoir politique en démocratie porte en lui-même les germes de sa propre contestation, de sa propre opposition ; de sorte qu’on a souvent l’impression qu’il travaille pour le compte de son propre adversaire. Le mode opératoire que l’opposition sénégalaise s’apprête à mettre en œuvre est fondamentalement mystificateur. En effet, en réussissant la tactique démagogique de faire présider ses Assises par des personnalités de la trempe de Amadou Mactar Mbow, elle parvient subrepticement à donner une caution morale, technocratique et même politique à une pure machination politique. Nous ne nous permettrons pas de mettre en doute l’intégrité de A. M. Mbow, nous ne doutons guère de sa bonne foi, mais rien ne nous garantit qu’il puisse échapper d’office à toute instrumentalisation. Les propositions et ingénieries politico-économiques qui sortiront de ces Assises n’ont pas à être pertinentes ou pas, à être réalisables ou non ! C’est peut-être même le dernier souci de ses organisateurs. En revanche la légitimité technocratique qui peindra les contours de ses Assises suffira largement à produire l’effet dumping politique. Ce sera un prétexte pour les promesses et les projets les plus utopiques et les plus fantaisistes car, l’effet recherché est tout bonnement la disqualification de l’autre dans la course vers l’accumulation de la popularité, voire du populisme. Au regard de ces considérations, on peut parfaitement concéder à J. Rostand que « La faiblesse des démocraties, c'est qu'il leur faille, trop souvent, se renier pour survivre. » En effet, les pratiques que nous stigmatisons sous le vocable de dumping politique ont ceci de fâcheux qu’elles entraînent souvent des stratégies de contre-attaques dont les conséquences sont subies par le peuple lui-même. Les préoccupations du peuple ne sont plus vraiment la raison et la finalité des entreprises politiques : c’est le pouvoir lui-même qui est l’enjeu principal ou la fin en soi à laquelle le peuple pouvait être sacrifié sans regret ni remords. C’est clair que comme «on gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus », le régime sait exactement (ou devrait en tout cas le savoir) le levier sur lequel il doit appuyer pour disqualifier la disqualification qui le vise. Cela commence d’abord par la mise à l’épreuve de la neutralité supposée des gages scientifiques et moraux de ces Assises. Le défi politique que A. M Mbow et ses amis ne pourront que difficilement relever (sous peine de se contredire) c’est d’amener les perdants de l’élection présidentielle à reconnaître leur défaite et la légitimité du régime qui en est issu à travers une déclaration publique comme prélude et gage de leur bonne foi quant à leur volonté d’ouvrir un cadre de dialogue permanent. Où était M. Mbow lorsque l’opposition contestait, sans argument valable, la victoire de Me Wade ? Soit il ne se sentait pas concerné et, dans ce cas c’est grave ; soit il était d’accord avec l’opposition sur ses agissements dangereux pour la démocratie et la paix sociale et, c’est encore plus grave. Le deuxième défi à lancer à cette opposition et à ses contremaîtres politiques c’est de leur demander, en contrepartie d’une disponibilité du gouvernement, d’accepter que les conclusions de ces Assises soient suspendues en attendant la fin du mandat en cours pour des raisons de cohérence démocratique et de respect de la souveraineté populaire. Les conclusions de ces Assises pourraient ainsi, dans la perspective des élections de 2012, soit faire l’objet d’un consensus de la classe politique, soit, à défaut de cela, servir de plateforme politique ou de programme commun à l’opposition. Le régime pourrait également entreprendre une contre-propagande qui, au lieu de débattre sur l’opportunité et la pertinence des ces Assises, accentuera (en s’appuyant sur l’expertise d’une technocratie largement disponible) l’explication des difficultés et des solutions déjà prises : le bon sens du peuple fera le reste et la démocratie n’en pâtira pas davantage. Mais il faut surtout que le régime, par le biais d’une chaîne de délibération qui puisse également engendrer des suspicions, amener l’opposition à se justifier sur l’origine et le montant des fonds qui vont servir à organiser ces Assises. Il faut que l’opinion nationale et internationale soit édifiée là-dessus ; d’autant plus que le principal bailleur de cette opposition, à savoir le PS, est suspecté de détenir une manne financière dont l’origine et la destination sont nébuleuses. Il importe cependant de noter que le Palais sera obligé de faire sa mue et de congédier les intrus et les imposteurs pour que sa voix soit encore plus audible et convaincante. Alassane K. KITANE, Lycée Serigne. Ahmadou. ND. SECK, Thiès Recommend this article...
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June 26, 2008
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